Ciné: « Avatar » de James Cameron

avatar_afficheAvatar est sans conteste l’un des événements majeurs du box-office de la fin 2009 et il le reste encore en ce début d’année 2010. 1 milliard de dollars de recette engrangés sur les 3 premières semaines de diffusion, ça parle et retraduit en terme de fréquentation des salles obscures, ça a de quoi redonner du baume au cœur à un secteur qui a plutôt tendance à se morfondre ces derniers temps. James Cameron, fidèle à ses habitudes, signe donc son retour sur grand écran de manière spectaculaire, à tous points de vues, puisque sa super-production se veut à l’apogée de l’animation 3D. Le réalisateur aura attendu sagement plus de 10 ans que l’évolution technologique lui permette de transposer sa vision, le travail ayant nécessité au final 4 années de labeur acharné. Guetté par tout fan de sci-fi qui se respecte, le film, lauréat des récents Golden Globe Awards, est-il à la hauteur du buzz qui a précédé sa sortie ? Notre avis dans la suite…

Jake Skully (Sam Worthington), ex-combattant du corps des Marines, est désormais cloué dans un fauteuil roulant. L’opportunité de poursuivre sa carrière, le soldat la trouve dans un autre événement dramatique : le décès de son frère jumeau qu’il accepte de remplacer dans un programme conduit sur la lointaine planète de Pandora où une  corporation exploite un minerai d’une importante valeur marchande. Afin de composer avec les Na’Vi (peuple indigène humanoïde) dans une atmosphère irrespirable pour l’homme, la firme a bâti un protocole de communication – pacification sous la houlette du professeur Grace Augustine (Sigourney Weaver) qui consiste pour les chercheurs à se glisser dans la peau d’une créature locale contrôlée à distance (un avatar), créée à partir d’ADN humain et Na’vi. Dans cette expérience dominée par les éminences-grises, Skully l’ex-guerrier n’est pas le bienvenu. Mais son adaptation rapide change très vite le regard que lui porte le Pr. Augustine. Des capacités qui n’ont pas échappées au responsable des militaires sur place qui tirant parti de son grade, confie au soldat paraplégique la mission d’infiltrer les Na’Vi en marge du programme de recherche, les êtres locaux constituant selon lui un obstacle à éliminer rapidement pour faciliter les opérations d’extraction de minerai. Skully obtempère… Jusqu’à ce que Neytiri,  une jeune femme Na’Vi, lui sauve la vie et l’introduise auprès de son clan pour un parcours initiatique…

Ci-dessous : La bande annonce d’Avatar en V.F :

Le scénario d’Avatar, on l’aura compris, ne présente somme toute rien de bien renversant. Il manie, avouons-le, des ficelles très convenues. De même, la mainmise d’industriels véreux et sans scrupule sur les terres de peuplades locales « arriérées » afin d’assouvir des velléités bassement commerciales est-il assez entendu. Ce contexte futuriste, on le rapproche qui plus est sans mal des préoccupations actuelles sur l’exploitation irraisonnée des ressources naturelles de notre planète au mépris de la biodiversité et du cadre de vie des minorités autochtones. Le pamphlet écolo. de Cameron en devient donc tout aussi attendu. Les plus acerbes le catalogueront d’opportuniste tirant la corde sensible d’une ritournelle qui fait actuellement réagir les foules. Alors, il est vrai que tout cela a arrière-goût de déjà-vu baigné de naïveté. Pour autant, faut-il dénigrer la chose je vous le demande ? Car au final, force est de constater que l’histoire est amenée avec une certaine poésie. On entend deci-delà des critiques assaisonnées sur la mièvrerie d’un synopsis « cucul-la-praline », alors quoi ? Doit-on systématiquement intellectualiser toute la culture, du cinéma en passant par les bouquins ou la musique ? On attendrait bien de voir les critiques qui pourraient être suscitées par de la science-fiction ultra-cérébrale. Tenez, que donnerait l’adaptation par le 7ème art d’un bouquin de Jack Vance dont la littérature est par ailleurs excellente ? Pas sûr que l’on s’en savate les cuisses d’excitation… Rappelons au passage avec du recul que Star Wars, œuvre magistrale toujours encensée, ne constitue ni plus ni moins qu’une adaptation futuriste (brillante s’il en est) de conte médiéval-fantastique, avec ses bons et ses méchants, ses valeureux chevaliers, sa magie et son lot de créatures. Certes Avatar ne joue pas exactement dans la même cour, mais le scénario si simple soit-il a le mérite d’exister et si la démonstration technique est omniprésente, elle le sert à merveille contrairement à nombre d’autres productions qui emploient l’image de synthèse bien plus gratuitement… On s’abstiendra de dresser une liste tant elle serait encyclopédique.

C’est un fait, le « computer graphics » est devenu un élément conceptuel indissociable des film à grand spectacle, avec toute la surenchère qui en découle et que l’on craint. Des situations inimaginables mises en scène à grand renfort de caméras diaboliques, oui, il y a plus d’une fois de quoi avoir le tourni, jusqu’à avoir la nausée de ce trop-plein. Et il faut l’avouer, Avatar évite l’écueil grâce à une maîtrise de haut-vol. Les animations sont si parfaites que l’on se surprend à oublier la fanfare de pixels qui se joue sous nos yeux. Les moyens techniques offrent une vision palpitante du monde de Pandora, de ses jungles luxuriantes, de sa flore aux couleurs extraordinaires et de sa faune peuplée d’étranges créatures. Une vraie magie visuelle. A cela, il faut ajouter l’osmose parfaite entre les créations virtuelles et les acteurs humains de l’histoire. L’unité est bluffante. Une franche réussite (même si cela questionne forcément la place des comédiens en chair et en os dans la sci-fi !…). Avatar tient-il déjà lieu de référence aujourd’hui à ce niveau ? Incontestablement oui, en parvenant à créer la sensation sans non plus s’ancrer dans l’exercice de démonstration visuelle brute, même si de fait, celui-ci est de tous les instants. Des nombreuses scènes invitant à la contemplation jusqu’aux confrontations musclées entre humains et Na’Vi, le spectacle est saisissant.  D’autant plus saisissant si l’on vit l’expérience en 3D.

Ci-dessous : Extrait du film en VOST :

Car le visionnage en 3D, c’est l’un des plus incontestables du film. Avatar est une expérience à vivre en salle, de préférence les lunettes 3D calées sur le pif. Il n’aura sûrement pas le même relief (!) sur le futur DVD que l’on projettera chez soi sur un écran plat (!) si impressionnant soit-il ! Nul besoin de se la raconter, l’expérience scotche. Les personnes qui ont pu, à l’époque où cette technologie, toujours inédite aujourd’hui, était avant-gardiste, visionner sur grand écran au Futuroscope de Poitiers le tout premier film ainsi réalisé en IMAX 3D par Jean-Jacques Annaud (« Les ailes du courage », épopée du pionnier de l’aéropostale Henri Guillaumet) s’en souvienne encore. On se remémore avoir partagé le bureau de l’aviateur et avoir volé avec lui au-dessus des Andes. Dans Avatar, le procédé 3D a un impact visuel énorme qui décuple idéalement la beauté de la planète Pandora et immerge le spectateur au cœur de l’action. Si on peut afficher des doutes sur la franche utilité de généraliser cette technologie dans le futur, il faut aussi avouer qu’elle colle parfaitement à une cette forme de ciné-spectacle.

En conclusion, Avatar est un monument. Un conte foisonnant de clichés certes, mais superbement mis en scène par un James Cameron passé maître dans l’art et la maîtrise du récit. Techniquement, le film est on ne peut plus au point mais on retiendra surtout la féérie visuelle qu’il délivre pour mettre en valeur les événements et c’est sûrement là le vraie génie du réalisateur : être parvenu à se servir du numérique comme outil de déclinaison visuelle du scénario et non comme objet principal d’un film à la coquille vide (en dépit d’une histoire simpliste, d’accord). Avec tout ça, la manière dont on appréciera l’œuvre tient à la manière dont on mettra le pied dans la salle obscure : si c’est en vue de profiter d’un renouveau complet du genre sur le fond, c’est cuit. On trouvera l’histoire d’une banalité affligeante et la fabrication numérique du film réussie mais bon, « on sait qu’on peut aujourd’hui faire ce qu’on veut avec des ordinateurs très puissants »… Si en revanche on est prêt à se laisser porter sans se poser trop de question, sans a-priori, on trouvera le spectacle grandiose et à la hauteur. Autant dire que la seconde option s’avère être la meilleure car objectivement, Cameron s’en sort haut la main sur bien des plans, coiffant dans cet exercice « pixellisé » bien des réalisateurs et non des moindres. Le plaisir et le divertissement ne sont pas qu’une affaire d’intellectualisme forcené, qu’on se le dise !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :