Bouquin: « Génération chaos : punk-new wave (1975-1981) » par Christophe Bourseiller

generationchaos Journaliste et comédien, Christophe Bourseiller est également l’auteur de plus d’une vingtaine de livres consacrés aux mouvements extrémistes politiques, aux subcultures et autres vagues minoritaires. Dans l’ouvrage « Génération Chaos : punk – new wave », il livre une forme d’essai historico-sociologique fort documenté et riche d’anecdotes sur l’explosion punk & new-wave du milieu des 70’s – début des 80’s. Une approche  qui associe avec pertinence le regard passionné du fan et la lucidité de l’analyste…

King’s Road à Londres. Malcolm Mc Laren et son illustre compagne, la styliste Vivienne Westwood tiennent la boutique SEX, qui commercialise de la fringue « branchée ». Il aura suffi qu’un hurluberlu fagoté d’un t-shirt « customisé » des Pink Floyd pénètre dans l’antre pour raviver les velléités de rock-manager de Mc Laren. L’homme avait bien tenté l’aventure avec les New York Dolls, mais elle avait tourné court… Mc Laren avait pêché d’orgueil, imposant à ses poulains un style qui ne les avait finalement pas réellement propulsé vers l’avant… Mc Laren le commercial, qui va donc trouver dans une situation au demeurant banale une belle occasion de se muer en mentor suprême et de satisfaire sa soif de notoriété : l’homme au t-shirt bariolé, c’est John Lydon. Il va devenir Johnny Rotten, le leader des Sex Pistols. Un groupe emblématique monté de toutes pièces. Un illustre coup, fort  bien calculé et commercialement porteur. Cela étonnera plus d’un d’un lecteur, persuadé de la spontanéité de la démarche des interprètes énervés de God save the queen et d’Anarchy in the U.K. L’un des grands mérites de ce livre est d’ailleurs de tordre le cou à quelques idées reçues. Par exemple si l’étiquette « punk » est bien anglaise, sa construction (par certains côtés calculée on l’aura saisi) s’est largement inspirée au niveau musical, du style de quatre ados américains déglingués : Les Ramones.

Autre aspect essentiel de « Génération chaos » : le punk est passé en revue sous toutes les coutures, dans l’ensemble de ses composantes sociales et culturelles et non pas qu’à travers la musique qui n’est au fonds qu’une partie de l’expression du mouvement, son porte-voix. La vision de l’auteur se veut réaliste tout autant que passionnée. Si la musique punk-rock d’aujourd’hui emmené par la vague californienne est plutôt festive, au milieu des années 70, on est à mille lieues de cela : marginaux, paumés, junkies et autres âmes de la frange ingurgitent du décibel torturé dans une ambiance provoc parfois savamment orchestrée, les concerts parfois fumeux dégénérant en bagarres généralisées, l’alcool aidant… Derrière ce capharnaüm réside une volonté essentielle : marquer la rupture avec le mouvement peace and love hippie. Exit le flower-power bon-enfant. Place au nihilisme, à la culture du plastique et du vinyle, au refus du dictat du fric. L’avenir est noir, la voie est sans-issue. On vit au jour le jour. Certaines existences en sortiront dramatiquement brisées. La plus emblématique descente aux enfers, bien fatale celle-là, restera sûrement celle de Sid Vicious, autre membre des Pistols. Dans ce contexte no-future, ce sont les Clash qui amorceront une ouverture. Ils seront les premiers à reconnecter une partie de la mouvance punk à la société en jouant par exemple pour l’anti-nazi league. Le punk se « politise » et va s’ancrer à gauche.  Par certains côtés, quelques symboles retrouvent une valeur. Mais de cette manière ou d’une autre, la contestation est en marche. Sauf en France où la scène se cherche et peine à trouver sa personnalité, imitant pour l’essentiel et à quelques rares exceptions près, les camarades anglais. C’est en tout cas un pan riche de la culture underground qui se déroule, qui essaime, qui mute pour évoluer peu à peu vers la new-wave qui, à ses origines, n’a rien de bien plus glamour que le punk ! Les guitares électriques déchaînées font place aux électronismes froids évoquant les ambiances industrielles. Une autre sphère émerge lentement pour poursuivre la conquête de l’ombre…

Les fans de rock, de musique punk et de culture underground se délecteront d’un exposé si brillamment déroulé. Rares sont les ouvrages traitant le sujet avec autant de ferveur, d’objectivité et d’informations. Bourseiller distille jusqu’aux plus petites anecdotes (telle l’origine de la chanson « 53rd and 3rd » des Ramones !) qui ont émaillé cette époque, rendant le récit ultra vivant. Un âge d’or qui n’a rien d’un conte de fée certes, mais un temps qui s’il a vu se perdre pas mal de dandys glauques et baroques, a vu éclore des talents dont l’empreinte reste intergénérationnelle. Un livre absolu à posséder par tout bon rocker qui se respecte.

« Génération Chaos :punk – new wave (1975 – 1981) » par Christophe Bourseiller – Ed. Denoël – collection X-treme – Prix indicatif : 23,00 €

2 commentaires pour Bouquin: « Génération chaos : punk-new wave (1975-1981) » par Christophe Bourseiller

  1. […] on ne saurait que trop vous recommander l’excellent ouvrage de Christophe Bourseiller : Génération chaos : Punk – new wave (1975-1981). […]

  2. Contrebande dit :

    Je viens d’acquérir ce livre, merci pour cette chronique.

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