Musique : N.I.N réussit sa vente online

ninghosticon Moins médiatisée que celle de Radiohead, l’initiative de Nine Inch Nails (N.I.N), de diffuser son dernier album « Ghosts I-IV » par la voie de la Toile, est un pari totalement réussi. Le groupe de Trent Reznor annonce aujourd’hui plus d’1,5 millions $ de C.A sur l’opération…

N.I.N devient ainsi, après Radiohead et le slammer Saul Williams, le 3ème artiste affranchi de toute obligation envers une maisons de disques qui décide d’orchestrer directement la vente d’un album auto-produit via internet.

Rappelons que tout avait commencé début mars 2008 par la mise en téléchargement gratuit du premier « acte » de Ghosts I-IV (soit 9 titres) sur le site officiel du groupe ainsi qu’en P2P via les réseaux torrent. Une opération de teasing qui a de quoi faire grincer des dents les industriels du disque qui s’escriment à diaboliser le système, d’autant que pour N.I.N, cela s’avère être au bout du compte un vrai succès commercial. En effet, l’album complet (36 morceaux sous licence Creative Commons) vendu en téléchargement au prix fixe de 5$ (somptueux livret photo de 40 pages, pochette et wallpapers inclus) s’est tant et si bien écoulé que le groupe déclare avoir dépassé les 1,5 millions de $ de chiffre d’affaire en quelques semaines. Un résultat auquel participe également la vente de l’édition limitée ultra-deluxe (2500 exemplaires pour le monde) qui s’est écoulée comme des petits pains à 300$ l’unité. N.I.N propose également sur son site la pré-commande d’un box 2 C.D qui sera livré début avril. Histoire de patienter, cette formule comprend aussi le téléchargement immédiat de l’album. Un téléchargement proposé sans DRM et en divers formats au choix : .mp3 320kbps, flac ou Apple lossless.

ghosts_cover

Outre le fait d’assurer à N.I.N une totale maîtrise de son marketing sans rien devoir à personne, cette façon de faire aura aussi permis au groupe de concrétiser la « fantaisie » Ghosts I-IV. En effet, rappelons que cet album atypique consiste en une œuvre instrumentale à cheval entre musique expérimentale et style dit « industriel ». En somme, un disque d’ambiances puissant qui tisse un pont ultime entre la musique « concrète » (Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Edgar Varèse…) et ses déclinaisons les plus contemporaines. Une initiative qui aurait sûrement peiné à convaincre une major. Ainsi, Reznor déclare-t-il : « The end result is a wildly varied body of music that we’re able to present to the world in ways the confines of a major record label would never have allowed« . Réaliste.

Sans que l’on puisse conclure à l’avènement d’un nouveau modèle économique pour la diffusion d’œuvres phonographiques (ce type d’opération demeurant marginale), on constate toutefois que ceux qui en auront été les précurseurs (à considérer que d’autres s’y mettent) rencontrent jusqu’ici des retombées positives. Cela tend à démontrer en partie que les fans sont toujours prêts à mettre la main au portefeuille lorsqu’il s’agit de soutenir un artiste auquel ils sont attachés. D’autant plus que le mode de diffusion, expurgé des verrous que sont les DRM, assure l’acquisition d’un disque pour le tiers du prix dans les rayons sans souci de compatibilité quel que soit l’appareil utilisé pour l’écoute. Il faudra peut-être que les majors du disque se penchent plus sérieusement sur les modalités de diffusion des œuvres dont elles détiennent les droits. Bref qu’elles se décident à évoluer avec leur temps et avec l’environnement technologique. En se livrant à un brin de fiction, quelle serait à l’avenir la raison d’être des majors face à un succès massif des auto-productions commercialisées sur le web, si ce n’est lancer les nouveaux artistes ne bénéficiant pas encore de d’une renommée « worldwide ». Car une fois en selle, on pourrait imaginer que ces derniers, liquidités en poche, se tournent vers ce genre de gestion maîtrisée après avoir honoré leurs contrats. Pour peu que des instituts de crédits misent dans la volée sur de telles opérations marketing, ce serait l’ensemble du paysage de la production audio qui serait bouleversé. Question : les industriels du disque concourent-ils aujourd’hui (quelque part) à leur propre perte en s’arc-boutant sur l’élaboration d’un arsenal répressif qui les confine finalement à une forme d’immobilisme ? L’avenir parlera…

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