CD Zik’: Anis – “Rodéo Boulevard”

rodeobld_cover Après “La chance” (2005), album unanimement salué par la critique, Anis s’en revient avec son second opus studio. “Rodéo Boulevard” confirme sans conteste le talent du crooner. Le disque est une pièce exceptionnelle où les influences du chanteur s’entremêlent pour créer un univers musical riche, intelligent et sensible…

Si le galop d’essai était probant, cette nouvelle production installe Anis au rang des artistes majeurs du moment. La Chance recelait déjà de très bons titres à l’image du “louisianesque” Cergy. Affaire de maturité, de “métier” ? Force est de constater que l’artiste s’est lancé dans une démultiplication des possibles. Rodéo Boulevard crée en effet un ouverture dans un répertoire déjà riche en mélodie et en prose.

Ci-dessous : Clip du premier single extrait de Rodéo Boulevard… Le titre éponyme.

On apprécie à ce sujet la qualité des textes. Anis avait démontré précédemment l’étendue de son talent en la matière. De finesse en acrobaties verbales, c’est un quasi sans faute. Cela-dit, musicalement, l’affaire tient tout autant la route avec une fort belle richesse et des couleurs enchanteresses. La trentaine et O mon amour voguent allègrement sur des bases soul dans les règles. Des titres comme Hagard du nord sont plus “terriens” mais gagnent un tempérament aérien sur le refrain grâce à des chœurs tout droit importés du pasy des soviets. Les arrangements sont léchés et donnent à ce disque une personnalité affirmée. Quant aux mélodies, elles se font enivrantes, à l’image de celle de L’eau qui aurait été un excellent prétexte de duo avec le Henri Salvador des derniers albums. On descelle d’ailleurs quelques pointes d’héritage bossa dans certaines compositions. Elles ne sont pas pleinement avouées mais on les palpe sans mal. Sans oublier le reggae-style qui illumine A la ramasse ou le grandiose José et sa section rythmique old-school du meilleur effet.

Dans l’ensemble, Rodéo Boulevard étonne par sa diversité et sa cohérence. Les morceaux à l’aspect très “tactile” comme la ballade Dans tes yeux qui se déroule à fleur de peau côtoient des envolées plus originales : Lisboa, titre “road-movie” au un swing imparable et Rodéo Boulevard, premier single extrait de l’œuvre, qui livre un habile pamphlet social monté sous une forme westernesque bien sentie. Anis y joue de sa voix de manière inattendue, une voix dont on ne cesse d’apprécier le timbre qui se marie finement à la constellation musciale des 13 titres présents sur la galette.

Rodéo Boulevard est absolument scotchant sous toutes les coutures. On a beau retourner l’affaire dans tous les sens, rien ne déborde, rien ne se renverse, tout reste en place. Une belle consécration pour cet artiste que l’on a déclaré prometteur il y a 3 ans et qui vient planter le clou avec classe et subtilité. Quelques collaborations bien inspirées finissent de créditer cette affaire qui ne manque pas d’allure : Phil Almosnino, guitariste du punk-yéyé band Les Wampas, Petit Louis du Jim Murple Memorial Band, Oxmo Puccino alias le “Black Jacques Brel” ou les allemands du Mardi Gras Brass Band. A bien finir par s’interroger sur quel reproche formuler à l’encontre de ce disque tant on ne lui trouve que d’immenses qualités. Well, finalement, même si ce serait de bon ton dans une démarche critique, on fera sans pour cette fois. Il est si rare qu’un artiste et son disque emballent à ce point qu’on se dit que le mieux à faire, c’est d’en profiter sans trop théoriser. En somme, quelle pièce de choix !

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